Soyons clair : la pandémie est là

En moins d’une semaine la situation a profondément évolué. L’OMS a passé lundi, son niveau d’alerte de 3 à 4 et mercredi de 4 à 5, le tout sur une échelle de 6.

Une situation plutôt grave

D’un point de vue contagiosité, la situation est grave. Elle va évoluer très rapidement.
Trois éléments sont à prendre en compte :
Des cas avérés de grippe mexicaine ont été retrouvés dans de très nombreux pays, en particulier dans les différents pays européens. Pour l’instant, on peut penser que les contrôles effectués aux frontières permettent de filtrer de façon correcte les personnes en provenance du Mexique. Cependant, même si les contrôles sont efficaces, cette situation n’est pas tenable durablement.
En effet, aux Etats-Unis, le nombre de cas avérés augmente rapidement. Le fait de ne pas avoir de cas avérés dans la majeure partie des pays en voie de développement n’a rien de rassurant. Il est fort probable que cela soit lié à un défaut de contrôle. La conséquence serait, bien sûr, l’apparition très prochaine de cas de grippe dans ces pays en dehors de tout contrôle

Une épidémie qui risque de s’amplifier

Au vu de ces informations, dans les jours qui arrivent, les personnes contaminées par ce virus de la grippe arriveront de différents pays et pas seulement du Mexique. Il y a peu de chance que les services sanitaires arrivent à les mettre tous sous contrôle avant qu’ils n’aient contaminé d’autres personnes. L’objectif affiché des pouvoirs publics est aujourd’hui de retarder et non d’empêcher l’apparition sur le territoire de cette maladie. Pour différentes raisons, arriver à retarder l’apparition est extrêmement utile : délai de préparation du vaccin, atténuation du nombre de cas apparus simultanément…
En tout état de cause, on peut affirmer que l’implantation de la grippe mexicaine sur notre territoire n’est plus qu’une question de semaines voire simplement de jours. Dans une population non immunisée, si aucune précaution particulière n’est prise, son développement sera extrêmement rapide pour atteindre un pic 3, 4 ou 5 semaines plus tard. On ne peut pas exclure que ce soit durant le mois de juin.

Le pouvoir pathogène du virus

Sur ce point les informations sont meilleures que prévues.  Actuellement, le nombre de décès liés à la grippe au Mexique a diminué. Il est passé de 20 à 7.
Aux Etats-Unis, où il existe plus de 65 cas avérés, seul un enfant en bas âge est décédé.
Ces deux faits confortent ce que nous indiquions dans notre précédente note, pour l’instant, son pouvoir pathogène est moins grave que ce que nous pouvions craindre.
Cependant, il faut garder à l’esprit quelques éléments :
La grippe quelle qu’elle soit est une maladie mortelle. Chaque année, dans notre pays,
3 000 personnes décèdent de la grippe classique et dans le monde ce sont de 500 000 à un million de personnes.
Par ailleurs, le virus actuel peut muter  et devenir plus pathogène. Il existe dans tous les cas de grippe des populations à risque similaires : les personnes très âgées, les jeunes adolescents et surtout les jeunes adultes en bonne santé (tranche d’âge où il y a le plus de décès) et, les très jeunes enfants.

La dose contaminante est déterminante

Si une personne en bonne santé est confrontée à une petite contamination virale, il y a peu de risque qu’elle manifeste des symptômes graves. Tout au contraire, elle va s’immuniser. Par contre si la contamination est importante, alors cette personne a tous les risques de souffrir de la grippe. Cette dernière notion est essentielle et nous donne une bonne marge de manœuvre. Les dispositions prises par les pouvoirs publics vont dans ce sens (retard d’apparition de l’épidémie par exemple). Dans les prochaines semaines, différentes mesures complémentaires seront certainement prises : fermeture probable des établissements scolaires, interdiction des manifestations sportives et culturelles…). Mais surtout, ce sont les mesures individuelles d’hygiène qui sont indispensables de prendre tant au sein de sa famille que dans les transports ou sur les lieux de travail. Il nous appartient de prendre les précautions nécessaires. Nous sommes en situation d’urgence

Jean-Michel MICHAUX - ISTAV