La grippe porcine : Sommes-nous face à un début de pandémie grippale ?

“Il faut appeler à la vigilance et ne pas s’alarmer” lance Roselyne Bachelot. En effet, depuis  l’apparition du virus H5N1 hautement pathogène, les autorités sanitaires mondiales et nationales indiquent leur crainte qu’une pandémie grippale apparaisse. Cette crainte est fondée sur le fait que tous les 30 ans, un phénomène de ce type se produit. Cette pandémie future pourrait être liée ou non au virus H5N1 hautement pathogène. La crainte qu’elle provienne d’une autre source virale n’a jamais été exclue. Au vue des informations disponibles actuellement, il est trop tôt pour conclure si nous assistons ou non au début d’une telle pandémie. On ne peut ni exclure le risque, ni le confirmer.

Les faits

Les virus grippaux sont des virus ayant de très fortes capacités de mutation et donc d’évolution. Il apparaît -au regard des faits, qu’une mutation importante du virus s’est produite récemment. On peut craindre de nouvelles mutations à l’avenir. En matière de maladies infectieuses, il y a lieu de distinguer le pouvoir contagieux de l’agent infectieux (capacité à se transmettre d’un individu à un autre) de son pouvoir pathogène (gravité des symptômes provoqués chez un individu avec bien entendu les risques de mortalité).

Le pouvoir contagieux

Comme tous les virus grippaux, le virus de la grippe porcine est fortement contagieux à l’intérieur de son espèce : le Porc. De plus, l’homme peut être contaminé à partir d’un porc infecté. Ce qui est beaucoup plus grave et nouveau - et ceci est maintenant avéré- c’est qu’il est devenu contagieux d’être humain à être humain (contamination interhumaine). A partir de ce stade, le risque pandémique existe.
Il apparaît que pour différentes raisons, cette contamination interhumaine dure depuis quelques jours à quelques semaines et donc des personnes contaminées ont pu voyager et se disperser dans le monde. Ceci représente le risque principal de dispersion du virus à travers la planète. Il faut reconnaître qu’il est extrêmement difficile de fermer les frontières.
Les autorités sanitaires sont donc à la recherche de tous cas suspects et que nous arrivent de tous les coins du monde des informations relatives à ces personnes.
Le diagnostic nécessite des examens de laboratoire poussés qui prennent plusieurs jours. A cette heure, si le nombre de cas suspects est important (ce qui prouve que les autorités sanitaires font leur travail), le nombre de cas confirmés est faible.

Des pays déjà contaminés

Ils existent des cas confirmés aux Etats-Unis et au Canada. Trois cas suspects en France viennent d’être « NON-confirmés » (donc non atteints de la grippe porcine).
A cette heure, il nous apparaît que ce pouvoir contagieux existe. Il est loin d’être négligeable, mais n’est pas être extrêmement important.
De plus, ce pouvoir contagieux est plus fort en hiver qu’en été (en partie en raison de la faible stabilité du virus à la chaleur). Le fait que nous (pays de l’hémisphére Nord) sommes au printemps, est plutôt favorable. Il n’en est pas de même pour les pays du Sud.
Ce pouvoir contagieux peut pouvoir s’accroître dans les jours prochains.

Le pouvoir pathogène

Le pouvoir pathogène de ce virus semble, pour l’instant, limité. On note 20 morts liés à la grippe porcine au Mexique sur 900 cas avérés. Dans la réalité, ce sont certainement un plus grand nombre de personnes qui ont été atteintes par ce virus. Le nombre de personnes décédées est faible. Aux Etats-Unis, l’ensemble des personnes infectées a guéri. Les symptômes ne furent pas très graves. Pour l’heure, le pouvoir pathogène reste limité. Il n’a rien à voir avec celui du H5N1 hautement pathogène, notre chance provient du fait qu’il n’y avait pas de virus H5N1 HP sur le continent américain.
Cependant, il y a lieu d’être prudent parce que ce virus risque de muter et devenir pathogène. On peut craindre, en effet, qu’avec sa diffusion à travers le monde, il mute et surtout qu’il se recombine avec le H5N1 HP et qu’il acquière sa virulence. Ceci traduit la réaction ce matin de l’OMS : l’adjoint par intérim au directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Keiji Fukuda a estimé qu’il était “fort possible que le virus évolue”. “Quand les virus évoluent, il est clair qu’ils peuvent devenir beaucoup plus dangereux pour la population”.

Les conséquences

Pour ma part, la réaction des autorités françaises me semblent bonnes à l’exemple de Roselyne Bachelot, Ministre de la Santé : “Il faut appeler à la vigilance et ne pas s’alarmer”, ou encore, selon Didier Houssin, directeur général de la santé, la France est : “un des pays les mieux préparés face à une épidémie”: il y a “33 millions de traitements en stock”, pour l’essentiel du Tamiflu auquel le virus “semble sensible”.
Il n’en demeure pas moins que si la pandémie se confirme, ce sont les comportements individuels qui feront la différence. L’absence de précautions peut conduire à un nombre de personnes atteintes particulièrement élevées avec les conséquences pour les personnes et pour l’économie.
Le respect scrupuleux de précautions et en particulier les règles d’hygiène simples sont de nature à limiter de façon drastique les conséquences. L’ISTAV vous tiendra au courant régulièrement de l’évolution de la situation.

Jean-Michel MICHAUX - ISTAV