Jour après Jour, l’épidémie progresse
La semaine dernière fut la semaine de l’espoir. A la suite des propos du Président Mexicain, la presse a espéré que la pandémie s’arrêterait. Il n’en est rien. Ces propos visaient simplement à mettre un terme au black-out qui perturbait gravement l’économie du pays. Entre deux maux, il a choisi. Je ne suis pas sûr qu’il ait choisi le moindre. Je ne comprends pas qu’il persiste aujourd’hui encore dans son discours.
Des chiffres probants
En tout état de cause, à partir des chiffres publiés hier matin par l’Institut National de Veille Sanitaire, quatre conclusions peuvent être tirées :
L’épidémie est bien installée aux Etats-Unis puisque 46 états sont atteints et que dans cinq Etats (NY, Texas, Californie, Illinois et Wisconsin) on constate des contaminations
« communautaires », (c’est-à -dire des contaminations directement aux Etats-Unis de personnes à partir d’autres malades). Le nombre de malades est très certainement supérieur car, comme le reconnaissent les autorités (et en particulier le CDC) ne sont testés que ceux qui viennent faire cet examen. De nombreuses personnes ne viennent pas, en raison du peu de gravité de cette maladie à son stade actuel.
Une épidémie que s’étend
Jusqu’à cette date, la grippe A ne sévissait qu’à Mexico et à ses alentours. Ce matin, la très grande majorité des provinces mexicaines sont infectées. Pour l’OMS, le nombre de personnes contaminées serait de l’ordre de 23.000, plus de dix fois plus que déclare le gouvernement mexicain.
L’épidémie s’est étendue aux autres pays de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud. Dans la seule journée de lundi, le nombre de cas déclarés pour ces pays a été multiplié par quatre. Certes, il n’y a pas encore de cas de contamination communautaire observé.
Enfin, dans trois pays d’Europe, sont déclarés des cas secondaires liés à des cas importés (CSI). C’est en Grande-Bretagne que la situation semble la plus risquée puisque 35 CSI ont été déclarés. On peut réellement craindre l’apparition d’un foyer à Londres.
Quels enseignements tirés de ces chiffres ?
On ne voit pas, ce qui permettrait d’arrêter la pandémie à ce stade ? L’effet « printemps-été » n’a pas joué. L’épidémie n’a pas pu être stoppée aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada. Elle continue de progresser et elle s’implante maintenant en Angleterre. Ce fait ne permet pas d’être optimiste. De plus, je reste persuadé, comme je l’ai indiqué précédemment, qu’il y a bien d’autres cas qui n’ont pas été détecté dans les pays insuffisamment riches pour effectuer une détection sérieuse. Des foyers se sont-ils déjà installés ? Nous le découvrirons demain.
Depuis un ou deux jours, les autorités sanitaires s’interrogent ouvertement sur cette question et font part de leur inquiétude. Si l’existence d’un foyer se confirme en Grande-Bretagne, il est fortement probable, que nous soyons rapidement contaminés dans les semaines qui viennent. Il est vrai qu’actuellement la grippe est peu virulente. Rien ne nous permet d’écarter l’apparition en Europe d’une vague épidémique peu grave avant l’été.
Le développement de l’épidémie en Amérique Centrale et en Amérique du Sud représente un risque plus différé, mais peut-être plus grave. Ces pays sont maintenant en hiver et en début de saison grippale. On peut craindre un développement rapide de l’épidémie chez eux. Bien entendu, la crainte est la mutation du virus qui le conduirait à devenir plus pathogène ou résistant au tamiflu. Bien entendu, cette mutation n’est pas sûre. L’épidémie peut revenir comme elle est partie.
Que conclure ?
Deux conclusions plus optimistes montrent que la limitation des contacts et le respect de règles d’hygiène est de nature à limiter la gravité de cette pandémie :
- L’observation de l’évolution des nouveaux cas confirmés au Mexique, montre réellement que dans les jours qui ont suivi le black-out, ce nombre a stagné alors qu’il ré augmente depuis. Si cette évolution n’est pas simplement le résultat d’un « arrangement », cela montre à l’évidence que les mesures sanitaires sont efficaces voire très efficaces. Cependant, il faut être organisé pour pouvoir les supporter.
- On peut penser que la grande différence de mortalité et de morbidité entre le Mexique, les pays d’Amérique du Nord et l’Europe est liée à un respect plus strict des règles d’hygiène. Ceci n’est pas prouvé, mais simplement supposé. Si cette interprétation venait à être confirmés, cela irait dans le même sens que l’observation précédente.
En tout état de cause, aujourd’hui, la situation est suffisamment sérieuse pour ne plus se raccrocher à de vagues espoirs. Même si demain ou après demain, quelques bonnes nouvelles nous parviennent, on peut raisonnablement penser que cela ne sera pas suffisant pour éviter la pandémie.
Jean-Michel MICHAUX - ISTAV