Grippe A : le temps de se préparer

L’Organisation Mondiale de la Santé vient de déclencher le niveau 6 de son niveau d’alerte pandémique. Elle confirme la réalité que nous voyons venir depuis quelques semaines. La pandémie est là.

Depuis notre dernier communiqué, la situation a profondément évolué. Cependant, aucune véritable surprise. Le nombre de cas déclarés augmente fortement chaque jour (plus de 1000) avec de nombreux cas à l’étranger :

  • Nombreux cas à partir des Etats-Unis qui montrent qu’il y a beaucoup plus de cas aux Etats-Unis qu’on le dit (il y a 15 jours, on parlait de 200.000 personnes contaminées dans ce pays)

  • Mais aussi création de foyers dans différents pays en particulier dans les pays du Sud où c’est l’hiver (Chili, Australie, Argentine…), mais aussi dans quelques pays du Nord en particulier au Japon.

  • L’Europe n’est pas épargnée. Après l’Espagne et la Grande Bretagne, l’épidémie prend de l’ampleur en France et en Allemagne et aujourd’hui, on peut craindre l’existence de transmission communautaire dans ces différents pays.

Rien ne peut plus arrêter la progression.

Que va-t-il se passer dans les jours et les mois qui arrivent ? Faire des pronostics en la matière est particulièrement difficile. Cependant, deux éléments sont à prendre en compte :

  •  D’une part, l’épidémie va continuer à progresser durant les jours et les semaines qui arrivent. L’été freine modérément l’expansion de la grippe. Certes, l’évolution est plus rapide dans les pays de l’hémisphère sud que dans les pays de l’hémisphère nord. Cependant, la progression s’est arrêtée ni aux Etats-Unis, ni au Canada, ni en Espagne, ni en Grande-Bretagne. Etant donné la virulence très modérée de cette grippe, les conséquences seront limitées. Seules les personnes étant en mauvaise état de santé en raison de troubles cardiaques, respiratoires ou métaboliques ou les femmes enceintes présentent un véritable risque.

  • D’autre part, le retour de la grippe à l’automne ou l’hiver prochain est fortement probable, voire selon certains spécialistes, inéluctable. Nous avons là une multitude d’incertitudes tant sur le moment d’apparition que sur sa gravité. Normalement, l’épidémie de grippe démarre au mois de décembre.

Démarrera-t-elle plus tôt ? C’est possible en raison de l’absence d’immunité dans l’ensemble de la population.
Sera-t-elle plus grave ? Là est la question la plus délicate.

3 types de mutation peuvent venir accroître le danger potentiel de ce virus :

  • Mutation augmentant la virulence (rappelons qu’actuellement que ce nouveau virus entraîne une mortalité d’environ 1 à 2 %0 alors que celui de la grippe aviaire est de l’ordre de 50% chez l’homme),

  • Mutation provoquant une résistance aux antiviraux en particulier au Tamiflu,

  • Mutation enfin entraînant une modification de l’antigénicité du virus, c’est à dire sa capacité à être reconnu par les vaccins qui sont d’être mis au point actuellement.

Dans le scénario catastrophe, le nouveau virus revient après avoir subit les 3 mutations tout en gardant son pouvoir extrêmement contagieux. Dieu merci, le plus grave n’est jamais sûr. Cette hypothèse est assez peu probable. Cependant, personne ne peut dire actuellement à quelle situation nous seront confrontés à l’automne prochain.

S’y préparer au mieux.

Si le virus ne mute pas, cela ne sera qu’une simple grippe et les précautions prises pourront être jugées comme excessives. Dans les autres situations, nous serons contents d’avoir pris quelques précautions. À l’ISTAV, nous avons l’habitude d’enseigner que pour maîtriser un système vivant - et le virus de la grippe est un système vivant -, il y avait lieu de mettre en place un dispositif associant de façon judicieuse différentes méthodes. Dans de rares cas, une méthode unique est de nature à être suffisamment efficace. En matière de limitation des risques liées à la grippe A(H1N1), ces méthodes sont de 4 ordres : la vaccination, les antiviraux, la limitation des contacts et un respect scrupuleux de règles d’hygiène. Actuellement, aucune de ces méthodes, à elle seule, ne peut nous garantir en totalité notre sécurité.

Grippe A au quotidienLa vaccination

Elle est sans conteste, à terme le meilleur moyen de prévention et il sera à l’automne ou l’hiver prochain, l’un des moyens extrêmement utiles. Cependant, 3 difficultés se posent :

  • Le virus va-t-il de nouveau muter pour modifier son antigénicité. Ceci conduirait à une efficacité limitée des vaccins.

  • Quelle quantité de vaccins sera disponible au moment de l’apparition de la nouvelle vague de grippe ? Même dans les prévisions les plus optimistes, personne ne considère qu’il y aura assez de vaccins pour vacciner la population à l’automne, quelque soit le pays.

  • Enfin, vacciner l’ensemble de la population dans un court délai n’apparaît pas - d’un point de vue pratique - aussi facile que cela à réaliser .

Les antiviraux

Ils sont, pour l’instant, un excellent moyen thérapeutique. Cependant, ils ne sont utiles qu’à titre curatif et non préventif. À cela s’ajoute la capacité du virus à devenir résistant à ces molécules. C’est déjà le cas du virus H1N1 de la grippe saisonnière aux Etats-Unis et dans certains cas, du virus H5N1 HP. Enfin, en cas de contagion importante de la population, il est difficile de soigner correctement tout le monde.

La limitation des contacts

C’est là encore une très bonne méthode. Si tout le monde reste chez soi, peu de chance que la grippe se transmette. Depuis le début de cette épidémie, la fermeture des écoles où des enfants en ont contaminés d’autres fut de nature à freiner les progressions. Cependant, il est inenvisageable de bloquer l’ensemble du pays pendant un temps indéterminé (la durée d’une épidémie de grippe dans un pays donné est généralement de 8 semaines). Certaines activités devront obligatoirement être maintenues (apport d’énergie, d’eau, d’alimentation, soins médicaux, sécurité…). Et, il est inenvisageable de bloquer pendant un temps prolongé l’ensemble de l’économie nationale. Dans ce cadre, prendre les transports en commun, aller faire les courses, aller travailler représentent des situations de risques qui ne seront par toujours évitables.

Le respect strict des règles d’hygiène

Le port de masques, distance par rapport aux autres personnes, lavages fréquents des mains…. Il est là encore de nature à limiter la contamination. Ne comptons uniquement sur ces méthodes pour bloquer l’épidémie. Elles sont, cependant, essentielles pour freiner la progression ce qui donne du temps pour la fabrication des vaccins, pour éviter d’avoir des pics trop importants de personnes malades….

S’y préparer chacun à son niveau

Dans cette stratégie, l’Etat a principalement la responsabilité de l’approvisionnement et l’utilisation en vaccins et en antiviraux et d’organisation générale. Il n’en reste pas moins qu’en la matière, l’Etat ne peut pas tout faire.

Les Collectivités locales ont un rôle essentiel dans l’organisation générale de la vie de la commune durant les semaines fatidiques. Sous le contrôle des Préfets, un travail d’organisation a déjà débuté depuis plus d’un an et bien entendu, s’accélère actuellement.

Il n’en reste pas moins que chaque entreprise doit aussi prévoir comment elle va s’organiser pendant cette période et mettre en place un plan de continuité de l’activité : faire en sorte que l’activité se poursuive tout en limitant les risques pour l’ensemble des collaborateurs. Un tel plan doit être réfléchi à l’avance. Il ne s’invente pas au dernier moment.

Pour plus d’info
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