Grippe A : Incertitudes !
Jeudi matin, la situation paraissait hors contrôle. Depuis, de nouveaux éléments modifient la perception de la situation qui semble être stabilisée au Mexique et aux Etats-Unis. Le nombre de personnes malades n’augmente pas de façon exponentielle. Deux raisons permettraient de l’expliquer. D’une part, l’arrivée de la chaleur - il fait près de 30°C à Mexico - et comme nous l’avons indiqué dans notre 1ère note, le virus de la grippe est très sensible à la chaleur. Si de façon très habituelle, la grippe disparaît en fin de printemps et en été, il faut, cependant, savoir que ce n’est pas systématique.
D’autre part, les mesures sanitaires prises par les autorités mexicaines. En matière de grippe, les mesures relatives à la restriction des contacts et celles d’hygiène sont, comme nous insistons systématiquement là dessus, de nature à enrayer une épidémie. Le virus de la grippe est fragile. Sa durée de vie est faible surtout par temps chaud. Il ne résiste pas longtemps en dehors des organismes vivants.
Cependant, on peut aussi penser que le black-out imposé par les autorités mexicaines avec ses conséquences économiques, sont particulièrement lourdes à supporter par la population et que, pour le gouvernement mexicain, il y a urgence à y mettre fin. Cependant, ces bonnes nouvelles ne doivent pas nous faire penser que la crise est terminée.
Rester vigilant
En effet, les pouvoirs publics appellent à rester vigilants. Ils demeurent de nombreuses incertitudes. Le virus de la grippe est largement diffusé dans différents pays au vu des cas identifiés dans de nombreux pays développés. De plus, comme, cela a été observé aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Allemagne, des contaminations locales ont eu lieu (personnes contaminées directement dans ces pays à partir d’autres personnes malades revenant du Mexique). Ceci semble montrer une facilité de ce virus à s’implanter en divers lieux. On peut craindre -sans en être sûr- la création de foyer dans différents pays. Si dans les pays développés, une surveillance particulièrement sérieuse des personnes revenant du Mexique a été mise en place, ce n’est certainement pas le cas dans de nombreux autres pays.
A ce titre, ce qui s’est passé en Chine est caractéristique. Il a fallu, pour identifier le premier cas de grippe A à Shanghai, que la personne continue son voyage jusqu’à Hong-Kong après avoir séjournée dans cette première ville où rien n’avait été détecté.
La faible virulence du virus est de nature à limiter les dégâts humains durant cette première phase et c’est bien. Cependant, elle a comme effet secondaire, le fait que certaines personnes risquent de ne pas se faire soigner, et d’attendre que ça passe. Ces dernières présentent un risque de propagation de la grippe A
Le printemps arrive aussi dans nos régions et devrait freiner la progression. Cependant, les températures en Europe ne sont pas exactement du même ordre que celles observées à Mexico.
Enfin, l’aspect psychologique est à prendre en compte. Nos compatriotes ne croient pas à la gravité de la situation et sont, pour l’instant, peu enclins à se préparer à une éventuelle pandémie.
Qu’en est-il dans les autres pays ?
Au vu de ces éléments contradictoires, il est difficile de prévoir l’évolution de la situation et de répondre à la question suivante « Aurons-nous dans les deux mois qui viennent une phase épidémique ? ». Répondre non aujourd’hui est prématuré. L’OMS indique que le développement de la situation en Europe cette semaine sera déterminant. On peut penser, que si phase épidémique, il y a, elle n’aura pas de conséquence désastreuse en terme de mortalité (virus faiblement virulent).
Par contre, l’activité économique risque d’être momentanément perturbée. Aussi, ne prendre aucune précaution serait de nature à favoriser la propagation de cette épidémie. Le fait que les pouvoirs publics maintiennent la vigilance et lancent dès mardi une campagne d’information va dans le bon sens. A plus long terme, le nombre d’incertitudes est encore plus élevé. La mauvaise nouvelle est la contamination d’un élevage de porcs au Canada par une personne contaminée au Mexique. Le fait que cet élevage ait été contaminé n’est pas très grave en soi, puisqu’il a été mis sous surveillance. Par contre, à partir de ce fait, on peut redouter que les élevages de porcs dans les différents pays du Monde en particulier ceux où les règles d’hygiène ne sont pas aussi strictes qu’au Canada, constituent un « réservoir ».
Le terme « réservoir » n’est pas véritablement approprié puisqu’il y a de grande chance qu’il n’y ait pas de porteur sain et que le virus reste peu de temps dans un organisme. Cependant, le fait que des porcs se contaminent entre eux en permanence fait qu’il existe une population « réservoir ») de ce virus. De plus, on peut aussi redouter que le porc qui peut être aussi contaminé par d’autres virus de la grippe (grippe saisonnière, mais aussi grippe aviaire) soit le lieu de rencontre de différents virus grippaux. Des réassortiments de matériel génétique pourraient alors avoir lieu avec différentes conséquences possibles (augmentation de la virulence, apparition de résistance au Tamiflu, variation du pouvoir antigène par exemple).
Vers une 2ème phase plus grave durant l’automne et l’hiver ?
Pour toutes les raisons citées précédemment, il n’est pas possible d’écarter l’hypothèse d’une 2ème phase plus grave durant l’automne et l’hiver. “Si cela se produisait, ce serait la pire des épidémies que le monde aurait à affronter au 21e siècle”, a déclaré Mme Chan, Directrice de l’OMS au Financial Times. “Nous espérons que le virus disparaîtra, car, si ce n’est pas le cas, nous allons tout droit vers une épidémie d’envergure”. En fait, si une telle propagation apparaît en automne, de nombreuses questions restent pour l’instant sans réponse. Le virus deviendra-t-il plus virulent ? Rien ne peut n’y le confirmer, ni l’affirmer. Y aura-t-il des résistances aux antiviraux ? Le vaccin sera-t-il opérationnel ? Sur ce dernier point, les informations disponibles actuellement sont qu’un vaccin doit pouvoir être produit dans un délai de quatre à six mois (avant ou après le début de la seconde phase ?), qu’il faut un an pour produire un à deux milliards de dose et qu’en fonction des vaccins, il faut une ou deux doses pour être immunisé.
Y aura-t-il une variation de l’antigénicité du virus? Ceci nécessiterait un nouveau vaccin réalisé avec la nouvelle souche. Les délais de mise sur le marché du vaccin efficace seront alors beaucoup plus longs.
Face à cette situation, il y a lieu de rester vigilant et de continuer à se préparer. Savoir maintenir l’activité économique tout en limitant les contacts et ce en respectant des règles d’hygiène rigoureuses pendant les phases de propagation est de nature à limiter sérieusement les dégâts si le pire se produit. Il semble utile de s’y préparer.