GRIPPE A (H1N1) - La propagation continue !

Le 22 avril dernier, le Mexique annonçait le 1er cas de grippe A (H1N1). Un mois après, l’épidémie s’est largement répandue à travers le monde. Les dernières statistiques annoncent plus de 46 pays et plus de 12 000 personnes officiellement infectés. Cependant, comme le reconnaissait dernièrement Mme Chan, directrice de l’OMS, « ces statistiques ne veulent plus rien dire ». Depuis 15 jours, les Etats-Unis ne cherchent plus à diagnostiquer tous les cas et les pays pauvres n’effectuent pas de diagnostic.

Certains pays minimisent la situation de crainte des répercussions économiques. Ainsi, la République de Saint-Domingue est officiellement indemne de Grippe, mais des touristes venus passés quelques vacances ont été infectés. Ils l’ont ramenés chez eux (au Pérou et au Chili) comme souvenir.

Quels sont véritablement les pays touchés ?

Le premier constat est l’absence de véritable tableau de bord permettant un suivi précis de l’évolution de la grippe A. Manifestement, les chiffres minorent la réalité. Malgré cela, son évolution est impressionnante. En l’espace d’une semaine, le nombre de cas confirmés dans le monde a augmenté de pratiquement de 50% (8 475 le 17 avril, 12 575 le 25 avril). Elle est pratiquement équivalente de l’ordre de 40% au Mexique (44,2%), aux Etats-Unis (39,0%) et…en Europe (42,3%).
Bien entendu, on doit considérer que sur notre continent, le nombre de cas confirmés est largement plus faible et que vraisemblablement, au moins en Europe de l’Ouest, la détection est effectuée beaucoup plus systématiquement.
Au Canada, la grippe progresse fortement avec une augmentation de plus de 60%.
L’évolution est encore plus rapide en Amérique Centrale (autres pays que le Mexique) et en Amérique du Sud où, en une semaine, le nombre de cas confirmés a été multiplié par 3 (84 à 254). Or, pour ce continent, l’hiver commence. Ceci va favoriser le développement de cette infection. Dans l’hémisphère sud, on note aussi l’augmentation du nombre de
cas en Australie.
L’évolution a été extrêmement brutale au Japon où, durant cette période de temps, le nombre de cas confirmé est passé de 7 à 345, soit une augmentation de près de 5 000 %. Cette évolution doit nous faire réfléchir au caractère « sournois et subtil » de ce virus qui s’installe calmement pour exploser par la suite.

Quelle est la gravité de cette infection ?

En restant sur les observations réalisées actuellement sans que le virus n’ait muté, on peut constater que :

  • les victimes actuelles de la grippe A (H1N1) ne sont pas identiques aux victimes de la grippe saisonnière. Un constat à retenir. La grippe saisonnière a surtout des conséquences mortelles pour les personnes âgées dont les défenses immunitaires sont affaiblies. La grippe A (H1N1) a des conséquences particulièrement graves. D’une part, aux Etats-Unis pour des personnes présentant d’autres pathologies graves, dont des atteintes respiratoires et d’autre part, au Mexique pour des personnes plutôt jeunes en bonne, voire très bonne santé et les femmes enceintes.
  • Les enfants de bas âge ne sont pas plus sensibles mais représentent des cas sérieux dans la mesure où le traitement au Tamiflu est contre-indiqué.
  • Aux Etats-Unis, 5% des personnes malades doivent être hospitalisées. Ce chiffre important doit être interprété avec précaution. Si sont considérées comme « personnes malades », les personnes ayant subi un diagnostic, le pourcentage réel est d’autant plus faible que le nombre de cas non diagnostiqués est plus grand. Est-ce une bonne nouvelle ?
  • Les décès apparaissent tardivement après le début de l’épidémie, dans un pays. Ainsi, au Mexique, alors que la grippe est en train de régresser, le nombre de décès est passé de 66 à 80 soit une augmentation de 20%, et aux Etats- Unis, de 5 à 11 en une semaine. On peut craindre que des décès ne soient pas comptabilisés. Il est vraisemblable qu’au Mexique, plusieurs personnes (combien ?) sont décédées d’une pneumonie dont l’origine n’a pas été précisée.

Une histoire d’épidémie
Cette histoire est sans aucun rapport avec ce qui précède. Le navire « le Grand Saint-Antoine » arrive le 14 mai 1720 au Port de Marseille avec une cargaison de 100 000 écus de marchandises qui doivent être livrées à la foire de Beaucaire (à titre de comparaison le salaire mensuel d’un ouvrier était d’un écu). Il venait de Syrie infectée par la Peste. Pendant le voyage, 1 passager, 7 marins et un chirurgien en étaient morts. L’autorité municipale était prévenue. Mais de bons esprits sont venus lui expliquer que la Peste était une histoire du passé, que depuis plus d’un siècle, il n’y avait plus de grande épidémie. L’échevin prit la décision d’une quarantaine assez douce ce qui permit de sortir la marchandise en contrebande. Une lavandière en meurt le 20 juin. Elle sera la première des 39 000 morts en moins de 6 mois sur une population marseillaise de 75000 âmes. Une histoire du passé donc sans rapport avec notre réalité…

Comment enrayer cette épidémie ?

Face à cette expansion rapide de l’épidémie, on ne peut qu’apprécier la rigueur et la volonté dont fait preuve l’équipe de direction de l’OMS, cherchant à défendre l’intérêt général face à pléthore d’intérêts particuliers. Dans cette situation très particulière, différents Etats, différentes entreprises semblent privilégier leur intérêt immédiat. Un exemple parmi d’autres. Certains pays largement contaminés comme la Grande-Bretagne et le Japon sont intervenus à l’Assemblée Générale de l’OMS afin que sa Directrice ne passe pas au niveau d’alerte 6 car les contraintes qui en résulteraient auraient des conséquences économiques importantes. Pourtant le Japon a été l’un des pays a avoir pris les mesures les plus drastiques afin d’éviter sa contamination.

Jean-Michel MICHAUX - ISTAV